D’abord, je dois parler de ma mère, une femme célibataire toute sa vie et fière de l’être, employée, pauvre, mais intellectuelle de gauche depuis le Font Populaire dont elle parlait avec exaltation.
Il y a eu la guerre, l’exode avec sa mère et son beau-père, l’occupation allemande – période durant laquelle elle perfectionnait son anglais – et ce fut "la Libération."
Un soir au bal, elle s’est étonnée parce que les Noirs ne dansaient pas. Son cavalier lui a répondu qu’ils n’avaient pas le droit d’inviter des femmes Blanches.
« Mon sang n’a fait qu’un tour, me disait-elle. Durant 4 ans tout était interdit aux Juifs, et ceux qui prétendaient nous libérer faisaient la même chose chez nous ! Alors, j’ai demandé ce qui se passerait si c’était moi qui en invitais un. Il m’a dit « rien ». Avec mon amie on en a repéré deux, à l’écart. J’ai invité celui qui semblait timide. C’était ton père ».
Il était gentil, intelligent, cultivé. Il s’appelait Thomas May, venait de Chicago.
Plus tard, j’ai été très choquée en entendant parler des exactions, des viols, commis par les soldats Noirs Américains.
Thomas et ses copains racontaient à ma mère la ségrégation, le racisme, La vie de leurs parents, avant, dans le Sud.
Quand j’étais jeune, je ne la croyais pas, même en regardant les images des marches de Martin Luther King dont elle me parlait.
Quand je me suis promenée dans le quartier de Chicago Sud où vivait mon père, j’ai compris et ai remercié mentalement ma mère.
Une cousine m’a dit qu’il était démocrate et emmenait les jeunes marcher derrière Martin Luther King, à Chicago. "Un chic type".

Derniers Commentaires