le mystere des cendres disparues

Publié le par Catherine de Normandie

 

Où sont passées les cendres de mon père ?

 

Les Pompes Funèbres confirment que ma cousine Marilyn les a emportées après la crémation. Mais celle-ci m’a dit que mon père était enterré dans un cimetière militaire, très loin (grand geste englobant la totalité de l’univers).


Avec l’arrogance révoltante de ceux qui détiennent un pouvoir, elle joue les absentes, ne répond pas aux courriers, ne décroche pas le téléphone.

 

 

Par malchance pour elle, Marilyn me rappelait ma mère. Cristallisant sur elle toutes les hargnes et les colères accumulées au long de ma vie, je me suis décidée à employer la grosse cavalerie, à tirer à coups de canon sur Calumet City.

 

Dans ma famille maternelle, les femmes sont ce qu’on appelle aux Antilles « des femmes-matador », des « poteaux-mitan ».


Ma grand-mère, ouvrière dans les ateliers textiles d’Elbeuf, révoltée et anarchiste, avait poussé le plus loin possible l’instruction de ses enfants afin de leur éviter l’enfer de l’usine. Ma mère avait gagné sa dignité après avoir participé aux grandes luttes ouvrières de 1936. Deux héros : Victor Hugo et Martin Luther King.


J’ai repris le flambeau à ma manière. Je connais la discrimination raciale pour l’avoir subie, ici en France.


Je sais ce qu’ont vécu les soldats Afro-Américains pendant la guerre, où ils occupaient les postes subalternes, les plus durs. On ne les voit pas sur les documentaires. Et pourtant, discrètement, loin des photographes, ils construisaient des ponts, conduisaient et assuraient l’entretien du matériel de guerre. Dans des régiments à part. A l’arrière. Combien d’entre eux, debout sur des chars, ont-ils reçu les applaudissements des foules en délire, participé aux défilés dans les villes françaises ?


Mon père était un de ceux-là.


Chaque année, il devait suivre de loin les cérémonies organisées en Normandie pour commémorer la Libération de la France. Sans doute a-t-il rêvé de revenir.


 

 

mon père, lors d'un repas de Vétérans


Et voilà qu’après sa mort on me refusait à moi, sa fille française, de lui rendre le seul hommage qu’il aurait jamais. De quel droit ?


Je ne suis pas officiellement la fille de mon père. Mais pour sa famille, je le suis. Et ça suffit.


J’ai cherché un avocat de Chicago parlant français. Les honoraires annoncés m’ont épouvantée. Cependant, j’en ai rencontré une lors de son passage à Paris en Septembre 2008. Nous avons longuement discuté et elle est repartie  avec 200 euros cash et une feuille de route impressionnante pour ce prix :


- S’enquérir d’un testament improbable,


-Voir à qui appartenait l’appartement de mon père,


- Chercher les cendres.


(Tous ces éléments pouvant être liés).


N’étant pas cher payée, elle allait lentement. Un mois plus tard, elle m’a confirmé que Marilyn avait bien emporté les cendres. Il n’y avait rien à faire. C’était terminé.


Rebondissement en Novembre : Marilyn, qui pétait le feu l’année précédente, était très malade : cancer. Fin décembre 2008, on m’annonçait son décès en me demandant de prier pour elle et de faire l’impasse sur les secrets de famille.


J’ai répondu que leurs secrets m’importaient peu dans la mesure où ils ne me concernaient pas et relancé une autre cousine, Gloria : A présent que la voie était – si j’ose dire – libre, quelqu’un pourrait-il me donner des informations ?


En réponse, j’ai reçu le faire-part de décès de Marilyn : j’y figure au titre des personnes « chérissant sa mémoire ».


Je relançai l’avocate. Comment, dans ce pays civilisé, un mort pouvait-il disparaître ? Peu après, elle m’informait que mon père était enterré au cimetière militaire Abraham Lincoln. L’Armée US était chargée des obsèques.


Cependant, Kimsue et Rebecca avaient épluché tous les listings deux ans auparavant. Mon père n’y figurait pas.


Je renvoyai à l’avocate ses deux informations contradictoires, lui suggérant de se mettre au boulot, et fissa.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article